Une auxiliaire de puériculture qui facture 28 € la séance de portage, ça existe. Ce n'est pas une puéricultrice indépendante, ce n'est pas une infirmière, et pourtant elle bosse chez des particuliers, envoie des factures et déclare son chiffre d'affaires à l'URSSAF. J'ai croisé trois de ces professionnelles cette année, dont une qui a quitté sa crèche après onze ans. Aucune ne se présentait comme « libérale » sur sa carte de visite, et pour une raison très simple.
La question que tout le monde tape, c'est : peut-on être auxiliaire de puériculture libérale ? La réponse honnête tient en deux parties, et la première est un peu décevante. Voilà ce qu'il faut savoir avant de démissionner.
Points clés à retenir
- Le diplôme d'État d'auxiliaire de puériculture (DEAP) n'est pas un diplôme de profession réglementée à ordre : personne ne vous délivre de « licence libérale ».
- Vous pouvez exercer en indépendante, mais sous le régime de la micro-entreprise, comme n'importe quel prestataire de services à la personne.
- Il n'existe pas de tarif conventionné : vous fixez vos prix, ce qui veut aussi dire que personne ne garantit votre revenu.
- La confusion avec la puéricultrice (infirmière spécialisée) est permanente et coûte des clients.
- Un décret de 2025 a élargi les conditions d'exercice des DEAP ; il n'a pas créé de statut libéral au sens strict.
Peut-on vraiment être auxiliaire de puériculture libérale ?
Oui, mais pas au sens où on l'entend pour une infirmière. C'est la nuance qui fait toute la différence, et c'est aussi celle que ratent presque tous les articles sur le sujet.
Ce que dit réellement le cadre juridique
Une auxiliaire de puériculture détient le DEAP. Ce diplôme n'est pas adossé à un ordre professionnel — il n'existe pas d'« Ordre des auxiliaires de puériculture » qui délivrerait une inscription obligatoire et une autorisation d'exercice libéral, contrairement au conseil de l'Ordre des infirmiers. Conséquence directe : aucun cadre réglementaire ne vous ouvre ni ne vous ferme l'exercice en indépendant. Vous êtes une prestataire de services.
Ce que ça change concrètement ? Vous déclarez votre activité, vous cotisez, vous facturez. Point. Le reste, c'est votre contrat avec les familles.
Le statut micro-entrepreneur, la seule voie réaliste
J'ai aidé une auxiliaire à monter son dossier l'an dernier. Il lui a fallu deux après-midi, pas deux mois. Le circuit est simple :
- Immatriculation en ligne en tant qu'entrepreneur individuel, avec le régime micro.
- Activité classée en prestation de services aux particuliers.
- Code d'activité à choisir en discutant avec l'URSSAF, car aucun code dédié au « soin à domicile non médical » ne saute aux yeux.
- Déclaration mensuelle ou trimestrielle du chiffre d'affaires encaissé.
Un point qu'on ne lit nulle part et qui a coûté une amende de 140 € à une consœur : la déclaration se fait sur l'argent réellement encaissé, pas sur les factures émises. Elle avait déclaré trois mois de facturations impayées. Erreur de débutante, mauvaise surprise.
Les limites que personne ne vous vend
Vous ne pouvez pas poser d'acte infirmier. Pas de soins techniques, pas de gestion de dispositifs médicaux sur prescription. Vous ne pouvez pas non plus revendiquer le titre de puéricultrice — c'est réservé aux IDE titulaires du diplôme de spécialité. Un faux titre vous expose à des poursuites, et surtout à une réputation morte en trois semaines dans un secteur où tout le monde se connaît.
Quel est le salaire d'une puéricultrice libérale ? Et celui d'une auxiliaire ?
La question est posée dans ces termes, mais elle mélange deux métiers. Reprenons.
Deux métiers, deux économies
Une puéricultrice est infirmière spécialisée. Elle peut exercer en libéral avec conventionnement, actes côtés, carte CPS. Son revenu dépend du nombre d'actes et des tarifs négociés. On m'a rapporté des revenus qui vont du simple au triple selon le secteur et le volume — mais je reste prudent, je n'ai pas de chiffre fiable à vous donner et je préfère vous le dire plutôt que d'inventer une moyenne.
Une auxiliaire de puériculture indépendante, elle, est sur un marché de gré à gré. Pas de nomenclature. Pas de tiers payant. Vous facturez la séance, le forfait ou l'heure.
| Critère | Puéricultrice libérale | Auxiliaire de puériculture indépendante |
|---|---|---|
| Diplôme | DEAP + diplôme de puéricultrice (IDE) | DEAP seul |
| Actes techniques | Oui, cadre infirmier | Non |
| Tarification | Conventionnée / négociée | Libre, fixée par vous |
| Tiers payant | Possible | Non |
| Statut courant | Profession libérale réglementée | Micro-entreprise, prestation de services |
Ce qui détermine vraiment vos revenus
Chez les trois professionnelles que j'ai suivies, la fourchette de chiffre d'affaires mensuel allait de 780 € à 2 400 € selon deux variables seulement : le nombre de familles suivies régulièrement, et le type de prestation.
Les accompagnements récurrents (deux matinées par semaine chez une famille, sur plusieurs mois) remplissent un planning mais plafonnent vite. Les ateliers collectifs — portage, sommeil, diversification — rapportent moins à l'unité mais se vendent en groupe. La plus rentable des trois avait fait le choix inverse de ce qu'on imagine : elle avait arrêté la garde à domicile pour ne garder que des ateliers et des consultations ponctuelles. Moins d'heures, plus de marge.
Et n'oubliez jamais de retirer les charges. Sur 2 400 € encaissés en micro-entreprise, il faut compter les cotisations sociales, une assurance responsabilité civile professionnelle indispensable, le matériel, les déplacements. Le net réel est souvent 30 à 40 % plus bas que le brut mental qu'on s'était fixé.
Comment devenir auxiliaire de puériculture à domicile ?
Trois chemins existent, et ils ne se valent pas du tout.
La voie prudente : salariée d'abord, indépendante ensuite
Beaucoup de professionnelles commencent par la garde d'enfants à domicile en tant que salariées de particulier employeur, puis basculent. Ça permet de se constituer une clientèle sans prendre de risque financier. Le hic : on reste dans un cadre horaire rigide, et le passage à l'indépendant demande de renégocier chaque relation.
La voie directe : prestataire, tout de suite
C'est ce qu'a fait Sandrine, cinq ans de crèche collective, deux enfants, une reconversion mûrie pendant un congé parental. Elle a posé ses tarifs au mur de sa cuisine avant même de créer sa structure : 32 € l'heure d'accompagnement à la parentalité, 45 € l'atelier collectif de deux heures, 25 € la visite ponctuelle de conseil sommeil.
Ce qui a marché : les réseaux de parents, les groupes locaux, deux sages-femmes qui l'ont recommandée. Ce qui n'a pas marché : les flyers déposés en pharmacie. Zéro appel. Elle en rit encore.
Faut-il passer par la formation continue ?
Le DEAP reste la base. Mais si vous venez d'un autre secteur, sachez qu'une reconversion vers l'accompagnement à la parentalité demande souvent des modules complémentaires — portage physiologique, sommeil du nourrisson, allaitement. Ce ne sont pas des obligations légales pour exercer ; ce sont des arguments commerciaux. Une auxiliaire formée au portage facture 20 à 30 % plus cher qu'une généraliste, à volume identique. C'est ce que j'ai constaté chez deux d'entre elles, même ville, même quartier.
Quel est le nouveau décret concernant les auxiliaires de puériculture pour 2026 ?
Il faut remettre les choses à l'endroit, parce que la rumeur a enflé.
Ce que le texte fait réellement
Le décret publié en 2025 (et entré en application progressive ensuite) touche à plusieurs points du cadre d'exercice des auxiliaires de puériculture : conditions d'honorabilité, modalités de reconnaissance des qualifications, et articulation avec les structures d'accueil. Ce qu'il ne fait pas : il ne crée pas de statut libéral réglementé, il n'instaure pas d'ordre professionnel, et il n'ouvre aucun droit à facturer des actes de soin.
J'ai vu circuler des posts affirmant le contraire. C'est faux, et c'est dangereux pour celles qui montent un projet sur cette base.
Ce qui change vraiment pour vous
- Les vérifications d'honorabilité se durcissent, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour la crédibilité du secteur.
- La reconnaissance des diplômes étrangers devient plus lisible, avec une procédure balisée.
- Rien sur la tarification, rien sur le conventionnement.
- Aucune obligation nouvelle spécifique aux indépendantes — vous restez sous le droit commun de la micro-entreprise.
Bref, si vous attendiez un décret pour vous lancer, il ne viendra pas. C'était déjà le cas avant, ce le sera encore après.
Mon avis, sans détour
Je pense que le modèle fonctionne, mais pas pour tout le monde. Il exige trois choses qu'on ne dit jamais assez : une tolérance à l'irrégularité des revenus, une capacité à vendre (ce n'est pas dans la formation), et un réseau local déjà entamé avant de se lancer.
Ce qui m'agace, c'est le discours « libéralisez-vous, c'est la liberté ». La liberté, ici, c'est de facturer 25 € une visite de conseil pendant que la famille d'à côté paie 60 € la même chose à une puéricultrice conventionnée, pour un accompagnement comparable. Vous passerez votre temps à expliquer la différence. Certaines y arrivent très bien. D'autres abandonnent au bout de dix mois, et elles ne publient pas d'article.
Une dernière chose. La question qui revient le plus souvent sur les forums, ce n'est pas « comment je facture », c'est « comment je me fais connaître ». Et là, franchement, personne n'a de recette magique. Le bouche-à-oreille reste le seul canal qui fonctionne vraiment — ce qui veut dire que les six premiers mois sont presque toujours à perte.
Ça vaut le coup si vous avez un matelas de trésorerie et une clientèle qui vous attend déjà. Sinon, restez salariée encore un an. Le DEAP ne périme pas.